Les répliques retenues par des réalisateurs (3)

Troisième partie consacrée aux répliques (mots, phrases, dialogues) que les cinéastes interviewés par Télérama ont retenues au moment où leur était posée la question : « Une réplique que vous connaissez par cœur, qui vous reste en tête ? ».

G-L

Tony Gatlif

Pour moi, les meilleures répliques de tous les temps ont été inventées par le cinéma français : les films de Jacques Prévert, Jean Aurenche, Michel Audiard. Il n’y a pas d’équivalent dans d’autres pays. Tout est réplique. C’est du cinéma construit autour des dialogues. Je pense à une réplique dans Le jour se lève, de Marcel Carné, un des plus grands films sur la résistance française, réalisé à une époque où la moitié de la France était collabo. Dialogues de Jacques Prévert. Jean Gabin et Jules Berry font du ping-pong verbal. Et Gabin dit à Berry : « T’as une petite tête et t’as beaucoup d’idées, c’est pour ça que ça déborde.

[1939 ; Scénario de Jacques Viot]

Alain Gomis (Questionnaire cinéphile d’ARTE)

« Tiens ta bougie droite » dans Marie Martine d’Albert Valentin. Le personnage de Saturnin Fabre (un magnifique acteur) n’a pas l’électricité, Bernard Blier lui rend visite et ils tiennent chacun une bougie dans la main. Et Saturnin Fabre n’arrête pas de dire à son invité « tiens ta bougie droite ! ».

[1943 ; Scénario, adaptation et dialogues de Jacques Viot (Selon certaines sources, Jacques Viot aurait fourni un synopsis et Jean Anouilh en aurait tiré scénario et dialogues)]

Robert Guédiguian

« Le bonheur n’est pas gai », dans Le Plaisir, de Max Ophüls.

[1952 ; Dialogues de Jacques Natanson ; Dernière phrase du film, extraite de la nouvelle de Guy de Maupassant, Le modèle]

(Vidéo postée par Le rayon spécial)

Werner Herzog

Je ne connais aucun film par cœur, je dois en voir trois ou quatre par an. Et il est très rare que je revois un film. Je préfère les livres. Cela dit, je connais la fameuse réplique de Dirty Harry quand il pointe son Magnum sur le méchant et lui demande s’il pense qu’il reste une balle : « Do I feel lucky ? ». C’est triste de constater à quel point Clint Eastwood est devenu un vieux monsieur. Il n’aurait pas dû vieillir.

[Don Siegel, 1971 ; Dialogues de Harry Julian Fink, Rita M. Fink, Dean Riesner d’après une histoire de Harry Julian Fink, R.M. Fink, Jo Heims]

[Harry Callahan (Clint Eastwood) : « I know what you’re thinking. ‘Did he fire six shots or only five?’ Well, to tell you the truth, in all this excitement I’ve kinda lost track myself. But being this is a .44 Magnum, the most powerful handgun in the world, and would blow your head clean off, you’ve got to ask yourself one question: ‘Do I feel lucky?’ Well, do ya, punk ? »

« Je sais ce que tu penses : « Est-ce qu’il a tiré six fois ou seulement cinq ? » En fait, pour te dire la vérité, dans tout ce bordel, j’ai perdu le compte moi aussi. Mais ceci est un 44 Magnum, le plus puissant soufflant jamais créé au monde, un calibre à vous arracher la tête. Tu ne dois te poser qu’une question : « Est-ce que je suis chanceux ? » Alors, ordure, tu l’es ou pas ?]

Mamoru Hosoda

« Je comprends. Et j’accepte votre sacrifice », une phrase du personnage joué par Takashi Shimura dans Les Sept Samouraï.

[Akira Kurosawa, 1954 ; Scénario de Akira Kurosawa, Shinobu Hashimoto et Hideo Oguni ; Takashi Shimura jouait Kanbei Shimada, 島田勘兵衛, le sensei, chef des samouraïs, ou tateyaku]

Jean-Pierre Jeunet

« J’aime pas les bêtes qui cherchent un maître… » (Jean Gabin dans Le Quai des brumes, de Marcel Carné, 1938).

[Dialogues de Jacques Prévert ; Adaptation du roman Le Quai des brumes de Pierre Mac Orlan, 1927]

[Jean Gabin : J’aime pas les bêtes qui cherchent un maître. J’aime pas les clebs, et eux non plus d’ailleurs.]

GabinQuaiDesBrumes

(Lire aussi l’article de Mon cinéma à moi à propos du film)

Norman Jewison

« They call me Mr. Tibbs ».

[Dans la chaleur de la nuit, In the Heat of the Night, de Norman Jewison, 1967 ; Scénario de Stirling Silliphant, d’après le roman de John Ball]

Eric Khoo

« You’re talking to me ? », Robert De Niro dans Taxi Driver.

[Martin Scorsese, 1976 ; Scénario de Paul Schrader]

Hirokazu Kore-eda

« Même ce caillou a une raison d’être », qui est une citation d’un artiste de cirque dans La Strada, de Federico Fellini.

[1954 ; Scénario de Federico Fellini, Tullio Pinelli et Ennio Flaiano ; Dialogues de Tullio Pinelli ; Adaptation française de Raymond Queneau]

Kiyoshi Kurosawa

A la fin d’Une poule dans le vent (Kaze no naka no mendori), de Yasujirō Ozu (1948), le personnage joué par Shûji Sano, qui revient de la guerre, dit : « On va oublier tout le passé pour continuer à vivre. »

[風の中の牝どり; Scénario de Yasujirō Ozu et Ryōsuke Saitō]

Voici ce qu’il avait répondu au questionnaire cinéphile de Blow up (2017) :

Un film japonais très récent de Yamashita Nobuhiro, Moratoriamu Tamako. Le personnage regarde la télévision et finit par dire « Le Japon est foutu… » ce à quoi son père rétorque « Ce n’est pas le Japon qui est foutu, c’est toi qui ne vaut rien ! ».

[2013 ; Scénario et dialogues de Kôsuke Mukai]

Joachim Lafosse

« Tu vois ceux qui s’arrêtent de marcher dans les escaliers mécaniques, ceux qui s’laissent porter par l’système ? ». C’est dans La Haine, de Kassovitz et je ne sais pas du tout pourquoi je l’ai de temps en temps dans la tête.

[1995 ; Scénario de Mathieu Kassovitz]

[Hubert (Koundé) : « Regarde-les tous ces veaux qui s’laissent porter par l’système… Regarde-le çui-là ! Il a pas l’air méchant tout seul dans son cuir en peau d’fesse de chèvre. Mais c’est la pire des races ! Tu vois ceux qui s’arrêtent de marcher dans les escaliers mécaniques ? Ceux qui s’laissent porter par l’système ? C’est les mêmes qui votent Le Pen mais qui sont pas racistes. C’est les mêmes qui font les grèves pour protester dès qu’les escalators y tombent en panne. La pire des races ! »]

Barry Levinson

Il n’y en a aucune que je sache par cœur mais Le Grand Chantage possède sans doute les meilleurs dialogues que je connaisse.

[Alexander Mackendrick, 1957, Sweet Smell of Success ; Scénario de Clifford Odets et Ernest Lehman, d’après sa nouvelle Tell Me About it Tomorrow]

Ken Loach

J’ai une très mauvaise mémoire. Je ne me souviens pas des répliques. Mais dans Trains étroitement surveillés, de Jiří Menzel, le postier tamponne son cachet sur les fesses d’une jeune fille. Ça donne lieu à une petite enquête dont les dialogues sont particulièrement savoureux.

[Ostře sledované vlaky ; 1966 ; Scénario de Bohumil Hrabal, d’après son roman homonyme sorti en 1964, et Jiří Menzel]

Stamped from Richard Lohr on Vimeo.

 

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Auteur : cinelangage

Le langage dans le cinéma

2 réflexions sur « Les répliques retenues par des réalisateurs (3) »

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